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Qui sont nos frères et amis ? ... Ou comment des Arabes détruisent l’arabité !

mardi 5 février 2013, par Sadek Hadjerès

L’écrivain Faradjallah Hellou, représentant éminent des Lettres Arabes, et secrétaire du Parti Communiste Libanais, assassiné dans une prison de la R.A.U. (Photo archives "Assawra")

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Le texte de cet article, intitulé "Notre Frère", est paru en 1961. Je l’avais écrit puis envoyé à « France Nouvelle » (hebdomadaire du PCF), alors que j’étais depuis six ans clandestin et activement rercherché dans la capitale de l’Algérie en guerre, quadrillée et soumise quotidiennement aux crimes des colonialistes français.
J’y exprimais notre douleur et notre indignation à l’annonce d’un nouveau et grave méfait du régime du Caire, perpétré contre les forces progressistes du monde arabe dans l’éphémère R.A.U " (République Arabe Unie) englobant de façon hégémonique la Syrie et le Liban. Cet épisode fut d’autant plus douloureux à nos cœurs de patriotes et communistes algériens, qu’avec l’ensemble de notre peuple, nous continuions à vibrer de sympathie et de solidarité envers les conquêtes anti-coloniales, économiques et sociales du peuple égyptien. Elles étaient malheureusement stérilisées, comme le confirmeront les décennies suivantes, par l’hégémonisme anti-démocratique et antisocial, qui portera progressivement un coup fatal au rêve légitime d’unité d’action des peuples et des Etats dans le monde dit "arabe".
J’aurai l’occasion de revenir sur nombre de manifestations de cet hégémonisme aux visages multiples. Il a ravagé les espoirs de plusieurs peuples, et particulièrement chez nous où furent diabolisés tous ceux qui militaient pour une algérianité rassembleuse, révolutionnaire, démocratique, sociale, ouverte à toutes ses richesses culturelles et aux autres peuples de la région et du monde.
C’est pourquoi, à l’occasion de la flambée des passions chauvines actuelles, il convient non pas d’abolir le mot de "Frères" (tout comme ceux de camarades ou d’amis, porteurs de valeurs positives), ni de l’appliquer abusivement à ceux qui consciemment ou inconsciemment détruisent la fraternité des peuples, à ceux qui ont dévasté la cause de la libération arabe par les pratiques de la répression ou des complots prétendument scientifiques.
La vraie fraternité de lutte n’était pas un mirage, un faux semblant. Elle était vécue et intensément ressentie au niveau des peuples, elle avait accompli des miracles en de nombreux moments historiques. Mais elle ne se mesure pas aux slogans et formules hypocrites. Tout comme au sein des familles biologiques, elle se mesure dans les comportements, dans le vécu,à la façon dont sont réglés les litiges d’intérêt, les incompréhensions, à la façon dont sont affrontés ensemble et dans l’écoute mutuelle les dangers et les moments difficiles.

(09 décembre 2009, par Sadek Hadjerès)

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NOTRE FRÈRE
par Sadek Hadjerès
(Alger, 1961)

Il était intellectuel brillant, un homme dont la simplicité égalait la culture, un patriote ardent plongé depuis toujours dans la lutte nationale de libération, un partisan de la paix infatigable."Comme il refusait, ils le soumirent au courant électrique des dizaines de fois... l’arrosèrent plusieurs fois d’eau froide pour lui faire reprendre connaissance. Ils ne le laissèrent que lorsqu’ils fut devenu un amas de chair humaine sans mouvement ...". Ses bourreaux nièrent qu’il se trouvait entre leurs mains.

Frères Algériens dont la chair et l’âme crient depuis sept ans, et vous amis français à nos côtés dans les épreuves, vous avez cru reconnaître le calvaire d’Ali Boumenjel, dont l’absence est à nos cœurs une plaie qui n’en finit plus de se cicatriser. Ce n’était pas lui, mais l’un de ses frères dans le martyrologe de l’humanité : l’écrivain Faradjallah Hellou, représentant éminent des Lettres Arabes, et secrétaire du Parti Communiste Libanais, assassiné dans une prison de la R.A.U.

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Comment, nous Algériens, nous taire ? Il fut une longue période où le prestige inégalé du président égyptien emplissait en Algérie les pages des registres d’état civil de longues files de "Nasser" et "Nasséra", prénoms donnés aux nouveau-nés algériens autant en hommage à l’allié du Caire, qu’en heureux présage de victoire ("Nasser", en arabe, "victorieux"). Pour le combattant algérien, le nom de Nasser évoque le plus souvent un peuple frère, un pays d’où vient ou par où est passée la mitraillette qu’il serre dans ses mains, la couverture sur laquelle il s’étend à la fin d’une nuit de marche harassante. Il évoque une aide matérielle et morale qui, si elle n’est plus aujourd’hui la plus importante, fut l’une des premières sollicitées et des plus précieuses avant comme aux premiers jours de l’insurrection.

Mais c’est précisément au nom de l’Algérie, de ses intérêts sacrés et de son peuple crucifié, que notre protestation s’élève bien haut. Chaque jour nous prenons à témoin le monde entier des crimes perpétrés sur le sol algérien. Nous taire serait renier la malédiction jaillie en permanence de notre terre contre les tortionnaires. Nous taire serait accepter de voir réduite la portée des condamnations jetées du haut des tribunes internationales contre le colonialisme français par les délégués égyptiens. Il est hélas des avocats qui desservent la cause qu’ils défendent. Combien leur soutien serait plus efficace si dans le temps même où leur voix s’élevait contre la torture, ils bannissaient ces méthodes d’Egypte et de Syrie. Combien l’exemple de Djamila Bouhired torturée, porté à l’écran par des cinéastes égyptiens pleins de mérites gagnerait en force de conviction auprès des spectateurs du monde entier, s’il n’éveillait dans leurs esprits l’idée que le film prêche pour d’autres pays un respect humain ignoré en RAU !

On nous dira : mais les dirigeants égyptiens ne sont pas des colonialistes d’Europe ! Certes, et cela les condamne doublement. Au nom de quoi tolérerions-nous dans les rangs anti-impérialistes la barbarie que nous reprochons aux impérialistes ?

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Comment nous taire ? Si les Algériens haïssent Godard et Massu, ce n’est pas pour leurs seules "méthodes". Nous les haïssons à cause de ce qu’ils étaient chargés de tuer en nous, l’aspiration à la liberté et à l’indépendance. Dans les tortionnaires de Hellou, nous haïssons ceux qui voudraient tuer dans le monde arabe l’esprit de démocratie et dénaturer l’aspiration à l’unité arabe, si chère à notre peuple.

L’expression de "frères arabes" a lui au cœur de nos compatriotes au plus noir du cauchemar de ces sept années de guerre, elle a gardé pour nos grandes masses une précieuse signification culturelle et anti-impérialiste. Mais QUI sont nos frères ? Le bach-agha Boualem n’est pas notre frère. Ni Hussein de Jordanie. Ils ne le sont pas plus ceux qui déploient contre NOS VERITABLES FRERES l’acharnement qu’on aimerait leur voir déployer contre les ennemis jurés des peuples arabes.

Qui était Faradjallah Hellou, pour justifier cet acharnement contre lui ? Etait-ce un de ces agents qui avaient aidé l’Occident impérialiste à sucer pendant des générations le sang et les richesses arabes ? Non, ceux-là, anciens bonzes du Wafd et autres larbins ou patrons de Farouk, ont été amnistiés et ont regagné leurs riches demeures. C’est aux communistes, vrais fils et avant-garde du peuple, que Nasser s’attaque maintenant, ainsi qu’aux patriotes avancés, aux hommes de progrès, et même aujourd’hui à ceux des membres de son propre Parti ("Union Nationale") en désaccord avec lui. Il s’attaque à des patriotes arabes qui soutiennent la cause algérienne jusqu’au bout, sans aucune restriction ni arrière-pensée. Il s’attaque à ceux qui pendant les années 50 notamment ont été les plus ardents et les plus lucides dans les batailles de l’évacuation contre l’occupant britannique, à ceux qui en mobilisant les forces populaires pendant l’attaque de Suez, ont contribué à faire de Port-Saïd un petit "Stalingrad" alors que l’armée de métier, soutien du régime, n’avait, pour le moins pas eu encore le temps de démontrer ses capacités face à l’écrasante collusion israélo-franco-britannique. Nasser s’attaque à ceux qui de notoriété mondiale comptent parmi les plus éminents et les plus avancés des représentants de la culture arabe, à tout ce qu’enfin des siècles d’histoire différenciée ont crée en Syrie de plus original et de plus digne d’enrichir, par son originalité même le fonds commun de la civilisation arabe.

Non, la fraternité et l’unité arabes ne sauraient pour nous emprunter ces chemins déshonorants.

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Comment nous taire ? Nous taire, ce serait ne pas contribuer à ouvrir les yeux de beaucoup de nos compatriotes sur certains aspects négatifs de la politique nassérienne. Ce serait ne pas montrer pourquoi celui qui continue d’être NOTRE ALLIE AU SEIN DU MOUVEMENT ARABE DE LIBERATION, cet homme qui a raconté dans un opuscule "La Philosophie de la Révolution", comment sa main avait tremblé et comment il s’était enfui une nuit plein d’horreur pour son geste alors qu’avec d’autres officiers il s’était proposé d’abattre des collaborateurs de l’occupant britannique, cet homme est en même temps le dictateur qui envoie froidement au bagne, à la torture et à la mort des milliers de ses compatriotes soucieux de mener la libération nationale et démocratique jusqu’à son terme.

Il n’y a aucun mystère. Il y a simplement le rôle décisif de la banque Misr et du grand capital égyptien, qui ne pouvant plus s’appuyer sur la vieille bureaucratie vermoulue et détruite, ont rapidement compris qu’il était mille fois plus rentable de poursuivre l’exploitation des ouvriers et fellahs du Nil en mettant à profit le dynamisme et l’avidité de certains milieux petits bourgeois et de la nouvelle bureaucratie militaire parvenue au pouvoir.

Les Algériens attentifs à toutes les expériences du monde arabe puiseront dans l’exemple égyptien une ample moisson d’enseignements : une réforme agraire limitée puis arrêtée dans le pays où la misère du fellah est proverbiale, le droit de grève inexistant, les syndicats domestiqués, des couches parasitaires en développement, le pillage en règle de l’économie syrienne, une révolution nationale qui s’essouffle et ne trouve d’issue que dans les visées expansionnistes (créant ainsi de nouveaux obstacles à l’unité arabe dont elle se réclame), ainsi que dans le double jeu qui permet la pénétration insidieuse en Egypte des monopoles impérialistes occidentaux, dans la phraséologie socialiste démentie par la politique anti-ouvrière et anticommuniste à l’intérieur et même à l’extérieur.

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Que Nasser, en signe de force, ne lance-t-il aux communistes arabes, au lieu de les réprimer, un défi pacifique par lequel il s’engagerait à réaliser au plus vite les objectifs qu’il proclamait il y a déjà bien des années !

Le flambeau de la démocratie et du vrai réveil arabe n’éclaire plus, hélas, pour un temps, la vallée du Nil. Mais de grands foyers libérateurs ont été allumés et sont attisés partout dans le monde arabe, non par une poignée de patriotes "pronunciamientistes", mais PAR LES MASSES POPULAIRES EN MOUVEMENT. L’un d’eux, jailli d’une étincelle des Aurès, éclaire en Algérie une paysannerie ardente, une classe ouvrière de plus en plus consciente de son rôle, un peuple aux riches traditions démocratiques. Tous ces foyers se rejoindront un jour de Casablanca à Bagdad, d’Alger au Cap. Ils rendront justice à Faradjallah Hellou, chaînon dans la pure lignée des martyrs communistes, annonciateur des temps nouveaux, parent par sa culture, son amour du progrès et du peuple de notre Cheikh Bendbadis qui disait "Le communisme est le levain du peuple" et du Cheikh Reda Houhou, fusillé par les colonialistes à Constantine.

Faradjallah Hellou est notre camarade, notre frère, le frère arabe véritable de notre camarade Ahmad Inal, lieutenant de l’ALN, torturé lui aussi pendant dix jours et brûlé vif par les colonialistes, qui écrivait dans sa dernière lettre à son frère : "... Le temps est proche où les victoires de notre peuple ne lui seront pas volées. Cela deviendra possible quand la classe ouvrière porteuse du plus bel idéal humain, le socialisme, pendra la direction des masses populaires. Alors la nation connaîtra le bonheur et la lumière et ses aspirations séculaires seront réalisées."

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