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Depuis août 2012, les Palestiniennes peuvent divorcer sans l’autorisation de leur mari et sans prouver qu’elles sont victimes de mauvais traitements.

mardi 12 mars 2013, par La Rédaction

(L’avocate Ikram Alqaisi a vu le nombre de dossiers de divorce qu’elle traite augmenter de 20 à 30 %. © Kriegel )

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Pour Nihad, cette enseignante palestinienne de 30 ans qui vit à Ramallah, la vie a de nouveau du goût. Celui de la liberté retrouvée. Après des années d’enfer conjugal, elle a, il y a quelques semaines, divorcé et obtenu la garde de ses deux petits.
Mariée à 22 ans, Nihad n’a plus rien possédé, car son mari considérait que tout lui appartenait. À commencer par le salaire de sa femme, saisi à la minute où il est versé. Les choses tournent mal quand Nihad décide de prendre sur ses économies pour aider son frère qui traversait une mauvaise passe. Colère de l’époux, pour qui il s’agit d’un vol, cet argent lui appartenant. Bref, il la fiche à la porte...
Réfugiée dans la maison familiale, la jeune femme refuse de pleurer sur son sort. Malgré la désapprobation de ses proches - en Palestine, divorcer pour une femme est encore souvent une tare -, elle se fixe un objectif : se débarrasser de cet époux violent. Et cela, quoi qu’il en coûte ! Des années de batailles juridiques et de combats face au "qu’en-dira-t-on" social.
Mais voilà, la délivrance est venue plus vite que prévu. Grâce à la volonté de Youssef al-Dais, le président des tribunaux islamiques de l’Autorité palestinienne. Fin août dernier, il a fait adopter une loi permettant aux Palestiniennes de divorcer sans le consentement de leur mari ou sans avoir à apporter la preuve de mauvais traitements. Cette disposition s’applique également aux fiancées avec contrat écrit, qui peuvent désormais, en cas de mésentente, se séparer de leur futur mari.
Pour expliquer son progressisme, ce dignitaire religieux - il porte le turban et la djellaba traditionnelle - cite... le Coran ! "Mon objectif était l’égalité entre hommes et femmes. C’est d’ailleurs une des recommandations de la charia, la loi islamique. Je n’ai fait que l’appliquer." Et d’expliquer que cela ne date pas d’hier :"Le prophète Mohammed l’avait pratiqué parmi ses disciples. Dans le Coran, il y a le cas de cette femme que son fiancé rendait malheureuse. Eh bien, le prophète lui a permis de s’en séparer..."
Cela étant, Youssef al-Dais reste lucide. Il faudra encore pas mal de temps avant que la société palestinienne n’intègre cette révolution : "Surtout les hommes, qui, à la publication de la nouvelle loi, se sont sentis totalement menacés. Ils ont eu l’impression que leur prestige allait disparaître et que la seule volonté de la femme pouvait du jour au lendemain leur apporter le déshonneur maximal, celui de devenir des makhloua (en français des rejetés, des écartés)." Les médias n’ont pas été en reste. Les caricatures y ont fleuri, montrant des femmes devenues toutes puissantes et qui, d’une pichenette, se débarrassaient de l’époux dont elles ne voulaient plus.
Que les hommes se rassurent : toutes les Palestiniennes ne sont pas en train de renvoyer leurs époux à leurs chères études. En 2010, le taux de divorce était de 10,8 %. Il est à présent de 16 %. Ce n’est pas un raz-de-marée, mais les progrès sont sensibles.
Dans son cabinet, installé au troisième étage d’un centre commercial, au coeur de Ramallah, l’avocate maître Alqaisi le constate. Depuis septembre, avec l’augmentation de 20 à 30 % de sa clientèle, elle croule sous le travail. Fini le temps, où, au vu des dossiers, elle s’entendait répondre dans la plupart des cas :"Désolée ! sans preuve ! Je ne peux rien faire pour vous !" Aujourd’hui, elle est en mesure d’aider toutes celles qui lui téléphonent avec l’envie de sortir d’un mariage raté. "Et n’allez pas croire qu’il s’agit seulement de jeunes femmes. J’ai tous les âges : des quadras, quinquas et même des sexagénaires qui n’en peuvent plus de décennies de souffrance !"

(12-03-2013 - Danièle Kriegel)

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