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Arte : Des films syriens, poétiques et politiques

mardi 12 mars 2013, par La Rédaction

Mardi 12 mars 2013
Arte, de 22:40 à 00:55

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Pour marquer les deux ans du début de la révolte dans le pays, une série de courts métrages d’hier et d’aujourd’hui, fruit du travail et de la créativité des réalisateurs syriens.

Au sommaire :

Bullet - Un court métrage d’animation syrien (muet) réalisé par Khaled Abdulwahed en 2011.
Return to Homs - Un documentaire réalisé par Talal Derky.
Tuj - Un court métrage syrien réalisé par Khaled Abdulwahed en 2012.
Morning Fears, Night Chants - Un documentaire syrien réalisé par Salma Deiry et Rula Latqani en 2012.
Mèche rebelle - Un court métrage syrien réalisé en 2011 par le collectif Abou Naddara.
Damascus, My First Kiss - Un documentaire syro-libanais-qatari réalisé par Lina Al Abed en 2012.
Le soldat inconnu - Un court métrage syrien réalisé en 2012 par le collectif Abou Naddara.
Step by Step - Un documentaire syrien en noir et blanc réalisé par Ossama Mohammed en 1978.

Deux ans après la répression des manifestations de mars 2011, qui marque le début du mouvement de révolte et de la guerre civile en Syrie, Arte ouvre sa grille au travail d’une poignée de cinéastes syriens. La diver­sité des oeuvres proposées est la première bonne surprise de cette soirée de deux heures, introduite par un film d’animation de deux minutes, Bullet, réalisé par Khaled Abdulwahed, multiples métamorphoses de la trajectoire d’une balle. La grande violence qui s’y exprime se retrouve dans Tuj, du même réalisateur (vers 23h), construit autour des rebonds d’un ballon sur un mur.
Deux portraits méritent également le détour : Return to Homs (22h45), sur la figure contestataire du gardien de but Abed al Basset Sarout, et Morning Fears, night chants (23h05), à propos de l’engagement d’une jeune songwriter. La problématique militaire est également présente dans cette programmation, par le biais du Soldat inconnu (0h15 et 0h45), témoignage d’un déserteur de l’armée syrienne, et d’un documentaire d’Ossama Mohammed, tourné en 1978 : Step by step (0h20), chronique d’un village de montagne où la pauvreté pousse certains jeunes à prendre l’uniforme.
Mais le plus beau moment de la soirée a pour titre Mèche rebelle, du collectif Abou Naddara (23h30). Diffusé avant Damascus, my first kiss (23h35), sur le statut de la femme en Syrie, ce court métrage tient tout entier sur la parole d’une jeune Syrienne, qui évoque dans un sourire le plaisir éprouvé après qu’elle a retiré son voile, quand la brise printanière de Damas a caressé ses cheveux. Un moment de pure sensualité, qui sonne comme un vibrant appel à la liberté.

(Par François Ekchajzer)

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Entretien avec Abou Naddara

Il y a deux ans, la révolte civile éclatait en Syrie. Arte célèbre cet anniversaire en proposant le 12 mars 2013, à 22h35, une soirée entièrement composée de courts et de moyens métrages syriens. Loin des images sanglantes des actualités, Syrie, le souffle de la révolte entend « raconter ce qu’on ne voit pas » : le courage de Basset, gardien de but de l’équipe nationale syrienne engagé aux côtés de la population civile de Homs (Return to Homs, à 22h45), la militance d’une jeune songwriter (Morning Fears, Night Chants, à 23h05), la place des femmes dans la société syrienne (Damascus, my first kiss, à 23h35)…

Entre chaque moyen métrage, Arte diffusera une réalisation de deux minutes, comme le film d’animation Tuj (à 23h00) ou les documentaires Mèche rebelle (à 23h30) et Le Soldat inconnu (à 0h15), trois films que nous vous proposons ici même en avant-première. Des œuvres anonymes mais très personnelles, signées du collectif Abou Naddara qui propose tous les vendredi un inédit sur Internet. Rencontre avec Charif Kiwan, porte-parole de cette association de cinéastes portés par une aspiration tant poétique que politique.

A quand remonte la création de votre collectif ?
Abou Naddara est né, en 2010, d’un désir de cinéma que nous n’arrivions pas à concrétiser. En Syrie, il est pour ainsi dire impossible de produire des documentaires d’auteur. Les diffuseurs arabes considèrent le genre comme une annexe du journal télévisé et ses productions, comme de simples reportages allongés. Nous nous sommes donc tournés vers Internet. Une douzaine de courts métrages ont ainsi été réalisés et diffusés anonymement, en jouant au chat et à la souris avec la censure.
Le succès que nous avons rencontré nous a permis de trouver un financement pour réaliser deux séries de courts métrages sur le travail des enfants, lié à la libéralisation sauvage, et sur l’ours brun de Syrie, animal emblématique qui semble avoir disparu des montagnes syriennes. A travers la disparition de cet animal, nous voulions évoquer une autre créature : le lion qui, en arabe, se dit « Assad ».

On est en pleine métaphore, loin de l’optique explicative du reportage.
C’est une erreur de croire qu’il faut absolument connaître l’histoire de « l’Orient compliqué » pour être sensible à ce qui se passe en Syrie. On ne voit rien, si l’on s’adosse à la parole de spécialistes. On a tendance à intérioriser l’idée que les Syriens ne sont pas comme tout le monde, que les comprendre exige une connaissance spécifique.
Notre démarche se situe à l’opposé de ça, quitte à utiliser des métaphores. Voyez la jeune femme qui parle dans Mèche rebelle : elle évoque à peine la révolution, même si elle vit dans la révolution et est très impliquée dans le soutien aux gens qui ont perdu leur domicile. Elle parle de ce qu’elle a de plus singulier : ses cheveux.

La sensualité qui s’exprime à travers ses propos tranche avec la violence des images que l’on peut voir dans les JT.
Peu de conflits ont donné lieu à autant d’images. Mais ces images violentes ne produisent presque plus de mobilisation. Saisir le spectateur à la gorge à tôt fait de le dégoûter. Raison de plus pour prendre de la distance, voire adopter des formes poétiques. Sans négliger le fait que la métaphore est une arme à double tranchant. Car c’est aussi elle qui a tué le cinéma en Syrie.
La dictature a réduit les cinéastes à ne plus pouvoir s’exprimer que de manière allusive. Ça a donné des œuvres ésotériques, critiques mais tolérées par le régime d’Assad car incompréhensibles pour la plupart des gens. Nous ne voulons pas tomber dans ce travers.

Votre travail est-il taxé d’esthétisme ?
On nous reproche parfois de ne pas montrer de morts, de ne pas montrer de sang. C’est un parti pris que nous tenons depuis le début. Des images de corps déchiquetés nous attireraient les faveurs des médias révolutionnaires et nos films circuleraient encore plus. Mais cela nous paraît indigne et inutile. Cette distance, que nous essayons de mettre dans nos films, est très coûteuse psychologiquement. Ne serait-ce que par rapport à ceux de nos camarades qui filment au péril de leur vie.
Mais notre devoir de cinéastes consiste à montrer l’humanité là où on ne la voit pas. De faire en sorte que le public universel soit sensible au combat héroïque des nôtres. Rien ne serait plus contreproductif que de solliciter la pitié du spectateur en étalant des images de corps meurtris et avilis, comme le fait parfois la télévision.

Plutôt que de semer des images de mort, donner à voir ce qui reste de vie, malgré tout.
C’est ça. Le Soldat inconnu relève également de cette démarche. Quand on a découvert ces histoires d’égorgements qui circulaient un peu partout, on a d’abord pensé que c’était de la propagande. Et puis, on a compris que de tels faits avaient réellement eu lieu. Et nous avons rencontré un soldat qui a accepté de nous parler de la violence qu’il a exercée comme de celle qu’il a subie.
Le Soldat inconnu est un film en quatre parties, construit autour d’un acte particulièrement atroce. Deux des quatre parties seront diffusées sur Arte, la première et la dernière. Elles racontent le début et la fin de l’histoire d’un jeune homme qui s’est engagé dans l’Armée syrienne libre, qui a glissé dans la barbarie… et qui en est ressorti.
Il s’agit ici de se démarquer d’une certaine approche journalistique qui aurait suggéré que la violence exercée par notre soldat est liée à l’histoire de « l’Orient compliqué » ou à des violences communautaires traditionnelles. Notre parti pris est plutôt de dire qu’il s’agit d’un homme ordinaire qui a glissé dans la barbarie, comme tout un chacun aurait pu le faire dans de pareilles conditions.

La violence est évidemment très présente dans la programmation d’Arte. Mais elle l’est surtout de façon allusive, comme dans Tuj et Bullet, deux courts métrages de fiction et d’animation de Khaled Abdulwahed qui ne fait pas partie de votre collectif.
C’est un artiste quadragénaire, qui pratiquait déjà l’animation avant la révolution et a toujours été très actif sur le Net. Il est mu par la même insatisfaction que nous et développe en ce moment même un projet de film documentaire. Tuj et Bullet sont ses deux premiers films.

Au vu de cette soirée, on se dit que le cinéma syrien est très riche.
La révolution est un moment d’euphorie, qui a permis à des jeunes talents de s’exprimer en faisant œuvre d’originalité et de radicalité. Mais tout cela reste très précaire. Et les jeunes artistes pourraient être d’autant plus découragés que la diffusion de leur travail via Internet ne leur procure aucun revenu. Nous-mêmes, nous travaillons sans aucun financement.
Nous mettons en ligne un court métrage anonyme chaque vendredi depuis avril 2011. Mais jusqu’à quand ? Et qu’adviendra-t-il des jeunes cinéastes autodidactes de notre collectif, qui ne peuvent même pas jouir du plaisir de signer leur film ? Je ne sais pas. Je sais seulement que nous sommes de plus en plus sollicités pour réaliser des films de propagande en contrepartie d’un financement. Nous nous y refusons pour l’instant parce que la propagande révolutionnaire tue le cinéma. Mais nous ne pourrons pas tenir ainsi bien longtemps.

(Mars - 2013)

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