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Au moins 24 morts dans les violences politiques en Egypte

samedi 6 juillet 2013, par La Rédaction

Au moins 24 personnes ont été tuées vendredi en Egypte, où les islamistes manifestaient leur colère contre l’éviction du président Mohamed Morsi, victime de ce qu’ils considèrent comme un "coup d’Etat militaire".
Deux jours après le renversement du premier président démocratiquement élu de l’histoire du pays, les libéraux du Front de salut national (FSN) avaient également appelé leurs militants à descendre dans les rues pour "protéger la révolution du 30 juin".
Les affrontements les plus meurtriers se sont produits à Alexandrie, la deuxième ville du pays, où douze personnes ont été tuées et 200 autres blessées, selon le chef des services d’urgence de la ville.
Au Caire, cinq personnes ont été tuées tandis que des affrontements ont opposé des centaines de partisans et d’adversaires de Morsi à la tombée de la nuit dans le centre de la capitale.
Ces violents incidents, au soir de la journée de mobilisation du camp islamiste, se sont poursuivis pendant plusieurs heures.
En tout début de soirée, des manifestants islamistes s’étaient rassemblés près du siège de la radiotélévision publique, sur les rives du Nil, à moins d’un kilomètre de la place Tahrir, épicentre de la mobilisation des anti-Morsi.
De brèves échauffourées ont éclaté sur le pont du 6-Octobre entre des groupes de manifestants très mobiles.
Le calme est revenu en fin de soirée lorsque l’armée a déployé des blindés et des véhicules de transport de troupes en fin de soirée.
Dans l’après-midi, trois manifestants islamistes avaient été tués par balle devant la caserne de la Garde républicaine où est détenu Mohamed Morsi depuis sa destitution par l’armée, mercredi soir. L’armée a pour sa part affirmé que les soldats n’avaient tiré que des balles à blanc et des grenades lacrymogènes pour maîtriser la foule.
Dans le nord du Sinaï, cinq policiers ont été tués par balles dans des incidents distincts à El Arish, sans que l’on sache avec précision si ces attaques, qui avaient débuté la veille au soir, sont liées à la situation politique qui prévaut depuis la destitution de Morsi par l’armée.
Le Sinaï, où opèrent des groupes djihadistes en connexion avec Al Qaïda ainsi que des réseaux de contrebande avec la bande de Gaza voisine, est en proie à une instabilité récurrente et le pouvoir égyptien a dû mal à rétablir son autorité depuis le renversement d’Hosni Moubarak, en février 2011.
Des dizaines de milliers de partisans des Frères musulmans se sont rassemblés vendredi aux abords d’une mosquée de la banlieue du Caire pour entendre Mohamed Badie, le guide suprême des Frères musulmans dont la rumeur avait couru qu’il était lui aussi aux arrêts.
Badie s’est dit prêt à un accord avec l’armée à condition que Morsi soit au préalable rétabli dans ses fonctions de président. "Nos poitrines sont plus fortes que leurs balles", a-t-il dit tout en appelant à "achever la révolution", alors qu’un hélicoptère militaire survolait le rassemblement.
Des manifestations ont également rassemblé des milliers de personnes à Alexandrie, Assiout, Suez, El Arish et des affrontements ont éclaté avec l’armée à Suez et Ismaïlia, sur le canal de Suez, selon des témoins et des sources de sécurité.
En destituant mercredi le chef de l’Etat, un peu plus d’un an après sa prise de fonction, l’armée a annoncé la mise en place prochain d’un gouvernement provisoire soutenu par les groupes libéraux avant la tenue de nouvelles élections.
Mais plus de quarante-huit heures après l’intervention des militaires, le calendrier de la transition demeure flou.
Dans une interview accordée à Reuters, Hamdine Sabahi, figure de la gauche égyptienne arrivé en troisième position du premier tour de la présidentielle, l’an dernier, a estimé que la future Constitution pourrait être prête d’ici six mois.
Un nouveau Premier ministre pourrait être nommé ce samedi. Il pourrait s’agir de Mohamed ElBaradeï, désigné par le Front de salut national comme son interlocuteur principal.
Dans l’intervalle, la Chambre haute du parlement, le Conseil de la Choura, a été dissoute vendredi et un nouveau chef des services de renseignement, Mohamed Ahmed Farid, a été nommé.
Et la répression qui s’est abattue dès la destitution de Morsi sur le camp islamiste s’est poursuivie.
Après le prédicateur salafiste Hazem Salah Abou Ismaïl, accusé d’incitation à la violence, c’est un des plus hauts responsables des Frères musulmans, Khaïrat al Chater, qui était arrêté à son tour, a-t-on appris dans la nuit de vendredi à samedi auprès de son parti et de sources sécuritaires.
Homme d’affaires, considéré comme le principal architecte de la stratégie politique de la confrérie, Chater avait brigué l’an dernier la présidence. L’invalidation de sa candidature avait poussé les Frères à présenter la candidature de Morsi.
Pour le porte-parole de la confrérie islamiste Gehad El-Haddad, "c’est le retour du vieil Etat policier de Moubarak avec tous les ingrédients et le cauchemar que nous vivions avant la révolution du 25 janvier (2011)". "C’est comme si nous avions enfoncé la touche retour en arrière", insiste-t-il.
La justice a cependant ordonné vendredi la libération de Saad el Katatni, le chef du Parti liberté et justice (PLJ), émanation politique des Frères, et de Rachad al Bayoumi, l’un de ses adjoints, arrêtés la veille, dans l’attente des résultats de l’enquête pour incitation à la violence qui les vise.

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Un coup d’Etat en Egypte ? Washington ne veut pas se précipiter
La loi américaine ne pourrait être plus claire : toute aide militaire ou économique à un pays dont le gouvernement a été renversé par l’armée doit être annulée. Mais trois jours après la destitution de Mohamed Morsi en Egypte, Washington préférait temporiser, de façon à mieux exercer son influence.
Les acrobaties verbales de Barack Obama et d’autres responsables américains pour éviter le mot tabou de "coup d’Etat" témoignent de leur volonté de ne pas trop affaiblir les généraux égyptiens, tout en les menaçant implicitement au cas où des élections libres n’étaient pas rapidement organisées.
"Aucun des fonds (...) ne peut servir à financer directement une aide au gouvernement d’un pays où le chef de gouvernement dûment élu est déposé par un coup d’Etat militaire", énonce un article de la loi budgétaire, régulièrement reconduit depuis 1985.
Une autre clause précise que l’Egypte doit "soutenir la transition vers un gouvernement civil". Mais depuis 2012, les secrétaires d’Etat Hillary Clinton puis John Kerry ont chacun levé cette condition pour dégeler les crédits, au nom des intérêts de sécurité nationale.
L’aide militaire (1,3 milliard de dollars en 2013) couvrirait près de 80% des achats annuels d’équipements par l’armée égyptienne. Les crédits 2013 ont déjà été alloués, mais en pratique, les Etats-Unis financent des contrats étalés sur plusieurs années auprès de fabricants américains, surtout de chars et d’avions de chasses.
"Ce n’est pas comme si les Egyptiens recevaient un chèque d’1,3 milliard de dollars", explique Robert Satloff, directeur du Washington Institute for Near East Policy, à l’AFP. "L’administration peut décider de bloquer les livraisons" dit-il. "Mais elle va attendre de voir comment la situation évolue en Egypte avant de prendre toute décision".
Un contrat portant sur 20 chasseurs F-16 a été signé en 2010 avec Lockheed Martin, dont quatre ont été livrés en janvier, selon un rapport indépendant du Congrès (12 à la date d’avril, selon Fox News). Depuis 1980, plus de 220 F-16 ont été donnés aux Egyptiens.
Le débat sur l’aide se concentrerait donc sur les livraisons du solde des F-16. Au passage, les annuler aurait des conséquences en termes d’emplois aux Etats-Unis, à un an des élections législatives.
Barack Obama s’est dit "profondément inquiet" par la destitution du président Morsi, et a indiqué que son gouvernement allait "examiner les implications légales concernant notre aide au gouvernement égyptien".
Selon Tamara Cofman Wittes, ancienne responsable du département d’Etat aujourd’hui à la Brookings Institution, cette déclaration a été ciselée pour inciter le gouvernement de transition à donner rapidement des garanties démocratiques.
Ne pas avoir parlé de coup d’Etat "donne du temps aux gouvernements américain et égyptien pour avoir une série de conversations sur les intentions de l’armée, sur la feuille de route et le calendrier", dit-elle à l’AFP.
Prudents, les responsables démocrates comme républicains du Congrès ont préféré les périphrases au terme de "coup d’Etat". Le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, Ed Royce, a ainsi évoqué vendredi "la décision de l’armée égyptienne de reprendre l’autorité de l’Etat aux mains des Frères musulmans".
Si quelques élus, comme le démocrate Patrick Leahy, entendent remettre en cause l’aide militaire, le sénateur républicain Bob Corker a estimé qu’il fallait d’abord "avoir en tête nos intérêts vitaux de sécurité nationale".
Ces intérêts incluent notamment la sécurité du canal de Suez, dit à l’AFP Michael Rubin, expert du Moyen-Orient au centre de réflexion conservateur American Enterprise Institute.
"Le canal de Suez est très important, car tous les bateaux de notre côte Est passent par le canal de Suez pour se rendre dans le Golfe Persique, via la Méditerranée", rappelle-t-il.
Le calendrier parlementaire américain donnera en outre un peu de marge de manoeuvre au Caire : le montant de l’aide américaine pour l’année budgétaire 2014, qui commence le 1er octobre, ne devrait être voté au Congrès qu’après l’été.

(06-07-2013 - Avec les agences de presse)

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