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Égypte : un haut responsable américain sur place pour rencontrer les autorités

lundi 15 juillet 2013, par La Rédaction

Un haut responsable américain s’est entretenu lundi avec les nouvelles autorités au Caire, où les Frères musulmans, partisans du président déchu Mohamed Morsi, et leurs adversaires prévoyaient de nouvelles démonstrations de force dans la soirée. En quelques heures, le secrétaire d’État adjoint Bill Burns s’est entretenu avec les principaux responsables intérimaires, selon l’agence officielle Mena : le Premier ministre Hazem Beblawi, le président Adly Mansour et le général Abdel Fattah al-Sissi, le nouvel homme fort, qui devrait rester ministre de la Défense. Peu de choses ont filtré sur ces entretiens. Il s’agit de la première visite de la part d’un responsable américain de ce rang depuis le renversement de Mohamed Morsi, le 3 juillet, par l’armée, après des manifestations monstres réclamant son départ.
La visite survient dans un climat délicat entre les deux pays. L’Égypte est depuis des décennies un allié-clé pour les États-Unis, qui apportent à l’armée une aide annuelle de 1,3 milliard de dollars. Washington s’est jusqu’à présent abstenu de parler de "coup d’État", ce qui entraînerait une suspension automatique de cette aide. Deux influents sénateurs républicains, John McCain et Lindsey Graham, ont toutefois pressé l’administration Obama d’y mettre fin. Washington a en outre demandé la remise en liberté de Mohamed Morsi, détenu par l’armée, mais cet appel n’a pas trouvé d’écho au Caire, où une grande partie des manifestants et de la presse hostiles aux islamistes accusent les États-Unis d’avoir été bienveillants envers Mohamed Morsi quand il était en place.
Le nouveau pouvoir a assuré que l’ex-chef de l’État se trouvait "en lieu sûr" et était "traité dignement", mais sans le laisser apparaître en public depuis son arrestation. Durant sa visite de deux jours, Bill Burns devait aussi rencontrer des responsables de la société civile et des entreprises. "Dans toutes ces rencontres, il soulignera le soutien des États-Unis aux Égyptiens", a assuré le département d’État.
Les partisans de Mohamed Morsi, qui dénoncent un "coup d’État militaire" contre le premier président démocratiquement élu, ont appelé à de nouveaux grands rassemblements lundi, en particulier aux abords de la mosquée Rabaa al-Adawiya, dans le faubourg de Nasr City, où ils campent depuis deux semaines. Une marche est annoncée vers le siège de la Garde républicaine, devant lequel 53 personnes ont été tuées il y a une semaine lors de tirs pendant une manifestation pro-Morsi. Les Frères musulmans veulent continuer de manifester "pacifiquement", a assuré un porte-parole, Ahmed Aref. "Nous avons une cause juste pour laquelle nous sommes prêts à nous sacrifier", a-t-il dit.
Les anti-Morsi, qui reprochent au président déchu d’avoir gouverné au seul profit des Frères musulmans et de ne pas avoir fait face à la crise économique, comptaient pour leur part rassembler leurs troupes place Tahrir. En raison du jeûne du ramadan et des températures écrasantes de l’été, le plus gros des rassemblements était attendu en fin de journée. La circulation automobile, déjà souvent chaotique dans la capitale égyptienne, devrait connaître de sérieuses perturbations. Dans le nord du Sinaï, où la situation sécuritaire s’est encore dégradée ces deux dernières semaines, au moins 3 personnes ont été tuées et 17 autres blessées dans la matinée dans l’attaque d’un bus transportant des ouvriers d’une cimenterie.
Sur le terrain judiciaire, le procureur général a ordonné dimanche le gel des avoirs de 14 hauts responsables islamistes, parmi lesquels le guide suprême Mohamed Badie et huit autres dirigeants des Frères musulmans. Mohamed Morsi ainsi que d’autres membres de la confrérie ont, eux, été interrogés sur les circonstances de leur évasion de la prison de Wadi Natroun (au nord-ouest du Caire) pendant la révolte de 2011 contre Hosni Moubarak. Dans ce contexte, M. Beblaoui, qui n’a pas exclu d’intégrer des Frères musulmans dans son équipe, poursuit ses tractations pour constituer un gouvernement, dont il avait estimé pouvoir annoncer la composition mardi ou mercredi.
En visite à Paris, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a fait valoir que l’Égypte se trouvait "à un tournant critique". "Il ne saurait y avoir de place pour la vengeance ou l’exclusion d’un parti ou d’une communauté importante", a-t-il ajouté, se disant "très inquiet" des arrestations. L’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), une ONG locale, s’est pour sa part alarmée d’une recrudescence de violences contre les Coptes (chrétiens d’Égypte), accusés par certains islamistes d’avoir oeuvré au renversement de Mohamed Morsi. Cette minorité chrétienne représente 6 à 10 % de la population du pays, estimée à 84 millions.

(15-07-2013 - Avec les agences de presse)

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