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Jordanie : le cauchemar syrien

jeudi 31 octobre 2013, par La Rédaction

(Dans le camp de Zaatari, au nord de la Jordanie, les réfugiés syriens survivent dans la plus grande précarité. © Khalil Mazraawi / AFP)

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Après les centaines de milliers de Palestiniens accueillis à la suite de l’indépendance d’Israël en 1948 et les 450 000 Irakiens fuyant en 2003 la guerre dans leur pays, c’est aujourd’hui plus de 600 000 Syriens qui ont gagné la Jordanie pour échapper au conflit qui fait rage depuis 2011. Ces nouveaux arrivants viennent gonfler les rangs des Syriens, installés de longue date (environ 70 000) dans le pays, et fragiliser l’économie de la monarchie hachémite.
Une menace agitée récemment par le gouverneur de la Banque centrale de Jordanie, Ziad Fariz. Ce dernier rappelle que "l’impact des réfugiés syriens sur l’économie est énorme, aujourd’hui, mais aussi à plus long terme, tant sur les ressources, les dépenses que l’environnement". Et de préciser les chiffres : "Les réfugiés syriens devraient affecter la croissance d’au moins 2 %. Pour 2013, nous avions tablé sur 5 % de croissance et nous sommes aujourd’hui à plus ou moins 3 %."
D’autant que la Jordanie (6,5 millions d’habitants), plus petite économie de la région après celle de Bahreïn, souffre déjà d’une économie faiblissante. Le pays sort à peine d’une crise financière lourde et accuse aujourd’hui encore une hausse de sa facture d’importations énergétiques et un coût croissant de ses prestations sociales.
Jour après jour pourtant, plusieurs centaines de Syriens continuent de franchir la frontière pour échapper aux combats. La grande majorité des migrants s’est dispersée dans les villes et villages jordaniens, notamment dans le nord du pays. Le reste (environ 30 %) se cantonne dans des camps aux conditions de vie plus que précaires. Zaatari en accueille l’essentiel, soit plus de 130 000 personnes sous perfusion constante des ONG internationales et des autorités locales.
Du conflit, beaucoup ressortent meurtris, blessés ou traumatisés. Il incombe à la Jordanie, pays ami, de s’en charger. Mais bien vite, la situation dépasse l’État jordanien. "Les hôpitaux publics n’ont tout simplement pas les capacités d’accueil suffisantes. Quant aux privés, ils n’ouvrent pas souvent leurs portes aux plus démunis, Jordaniens comme Syriens", témoigne Marc Schakal, chef de la mission de Médecins sans frontières en Jordanie. En 2006, MSF ouvrait dans la capitale jordanienne, Amman, un centre spécialisé dans la chirurgie reconstructrice. "Il accueillait essentiellement les grands blessés du conflit en Irak. Depuis 2011 et le début du conflit, on reçoit énormément de Syriens. Ils représentent aujourd’hui 20 % de nos patients admis."
Pour ne rien arranger, un risque de pénurie d’eau se fait ressentir dans un pays déjà classé parmi les plus pauvres en matière de ressources hydrauliques. Dans les régions comptant de nombreux réfugiés, l’approvisionnement en eau s’est drastiquement réduit et bon nombre de villages doivent se contenter de deux ou trois ravitaillements mensuels, facturés au prix fort.
Les réfugiés syriens sont "pour la plupart des artisans et des ouvriers, pas vraiment qualifiés", indique Jalal al-Husseini, chercheur associé à l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo) en poste à Amman. "Pour travailler en Jordanie, il vous faut trouver un kafil (sorte de tuteur) jordanien et vous acquitter d’un permis de travail, environ 400 euros. Peu ont les moyens de s’offrir ce statut." Résultat : "45 % des hommes syriens capables de travailler (environ 120 000 personnes) sont employés dans le secteur informel pour de très bas salaires." Une concurrence déloyale pour "les travailleurs manuels jordaniens", explique Jalal al-Husseini.
Autre pierre d’achoppement : le logement. Avec cet afflux de population, appartements et maisons se font de plus en plus rares. Une offre réduite qui tire les prix vers le haut. "Jusqu’à 300 % d’augmentation dans le nord du pays", témoigne le chercheur de l’Ifpo. "La population locale, assez pauvre au vu de la moyenne nationale, ne peut pas suivre."
Apparaît alors une forme d’"exaspération de la société jordanienne vis-à-vis des réfugiés", explique Jalal al-Husseini. "S’il y a pour l’heure peu d’actes de violence des Jordaniens contre les réfugiés (ou vice-versa), les autorités envisagent de plus en plus de compliquer l’installation de nouveaux réfugiés, voire de fermer la frontière." Des pratiques déjà relevées par Amnesty International, qui dénonce dans son rapport 2013 le refus d’asile opposé à certains Syriens et les procédures de plus en plus fréquentes de reconduite à la frontière.
Devant l’ampleur de la tâche, les autorités jordaniennes se retrouvent bien démunies. Depuis le début du conflit syrien en 2011, le royaume a déjà versé près de 1,7 milliard de dollars pour venir en aide aux réfugiés (eau, nourriture, éducation, logement).
Un trou dans les finances jordaniennes qui a forcé la monarchie à récemment demander au FMI l’accord d’un prêt de 2 milliards de dollars. La Jordanie en appelle ainsi à ses partenaires internationaux pour que l’aide financière ne se tarisse pas, le pays n’ayant pas les reins assez solides à long terme. Un appel relayé notamment par António Guterres, haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, qui rappelle que "cet afflux de Syriens s’aggrave". Un appel aussi (partiellement) entendu par l’UE, lundi dernier, avec l’annonce par la Commission européenne du déblocage d’une enveloppe de 85 millions d’euros pour les réfugiés. Une enveloppe prélevée sur les 400 millions d’euros, difficilement récoltés en juin par le Haut-Commissariat pour les réfugiés. Mais qui, pour José Manuel Barroso, permettra de rappeler que la guerre en Syrie et le sort des réfugiés resteront "une tache sur la conscience du monde".

(31-10-2013 - Par Quentin Raverdy)

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