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L’Égypte s’apprête à juger Mohamed Morsi quatre mois après sa destitution

vendredi 1er novembre 2013, par La Rédaction

L’Egypte, dans la tourmente depuis la destitution début juillet de Mohamed Morsi, s’apprête à juger lundi le président islamiste destitué par l’armée qui doit faire, lors de son procès pour "incitation au meurtre", sa première apparition publique depuis son arrestation.
Ses partisans, emprisonnés ou décimés par l’implacable répression des autorités installées par l’armée dès le 3 juillet, ont promis de faire entendre leur voix au moment où comparaît le premier chef d’Etat élu démocratiquement d’Egypte.
Ils ont manifesté vendredi dans plusieurs villes d’Egypte, et appelé à une "mobilisation massive" lundi devant le tribunal où sera jugé M. Morsi.
Face à ces appels, un général de la police assure à l’AFP qu’"un plan a été mis en place pour sécuriser le tribunal et le transport de M. Morsi jusqu’à la salle d’audience", dans le sud du Caire.
Il devra répondre avec 14 co-accusés, dont des membres de sa garde rapprochée et plusieurs dirigeants des Frères musulmans, d’"incitation au meurtre" de manifestants devant son palais présidentiel le 5 décembre 2012 lors de heurts qui avaient fait sept morts.
Ce procès risque d’attiser un peu plus les divisions dans un pays où plus d’un millier de pro-Morsi ont péri dans la répression —dont plusieurs centaines le 14 août lors de la dispersion de leurs rassemblements dans un bain de sang par la police et l’armée— et où plus de 2.000 islamistes ont été emprisonnés, dont la quasi-totalité des dirigeants des Frères musulmans, la confrérie de M. Morsi.
Dans ce contexte, "ce n’est pas seulement le procès d’un président élu. C’est le procès de la volonté du peuple", lance Imam Youssef, qui organise la mobilisation au sein de l’Alliance contre le coup d’Etat.
Le procès de M. Morsi se tiendra dans l’académie de police adjacente à la prison de Tora au Caire, où sont incarcérés les principaux dirigeants de sa confrérie également jugés pour "incitation au meurtre" de manifestants. Le président destitué, actuellement détenu au secret par l’armée, sera transporté en hélicoptère au tribunal, a précisé un responsable de la sécurité.
D’abord amené dans un bâtiment militaire du Caire, M. Morsi a ensuite été transféré vers un autre lieu, toujours inconnu, après que des affrontements entre des soldats et ses partisans ont fait une cinquantaine de morts devant ce bâtiment le 8 juillet.
Ces violences avaient entraîné l’Egypte dans un engrenage chaque jour plus meurtrier, avant d’atteindre leur apogée le 14 août, et laissent craindre aujourd’hui de nouveaux affrontements à l’ouverture du procès de M. Morsi.
La police a prévu de déployer 20.000 hommes lundi à travers Le Caire, selon un responsable des services de sécurité.
Contrairement à son prédécesseur, Hosni Moubarak, également jugé pour meurtre de manifestants, M. Morsi a déjà prévenu qu’il ne coopérerait pas avec la justice dont il ne "reconnaît pas l’autorité", selon l’Alliance contre le coup d’Etat. Ses avocats ne seront présents lundi que pour surveiller la procédure judiciaire, a ajouté l’Alliance.
Les rares personnes l’ayant vu en prison l’ont trouvé déterminé à défendre sa "légitimité" puisée dans les urnes, comme il l’avait affirmé dans une vidéo diffusée le soir de son éviction.
Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, qui l’a rencontré début juillet, l’a jugé déterminé et vindicatif.
L’institution judiciaire, qui s’est opposée à plusieurs reprises à M. Morsi durant sa présidence, semble déterminée à mener ce procès à bien et à faire fi de toute pression politique.
Au vu des charges qui pèsent contre lui et contre ses co-accusés, le président destitué encourt la peine de mort ou la prison à perpétuité.
Les faits qui lui sont reprochés avaient marqué un important tournant dans sa présidence : après six mois au pouvoir, M. Morsi avait édicté un décret le plaçant au-dessus de tout contrôle judiciaire, déclenchant des manifestations devant son palais.
Estimant que la police avait échoué à protéger le président, les Frères musulmans avaient appelé leurs partisans à déloger les protestataires. Ces violences —qui s’étaient soldées par sept morts— avaient soudé les rangs de l’opposition anti-Morsi qui, six mois plus tard, descendait dans la rue pour réclamer son départ et l’obtenait de la main des militaires.
Pour Waël Haddara, ancien assistant de M. Morsi, le gouvernement nommé par l’armée est en train de monter un simulacre de procès. "Le monde va enfin voir la vérité : c’est un tribunal fantoche", lance-t-il, joint par l’AFP au Canada où il vit désormais.
Mais, prédit-il, lorsque M. Morsi apparaîtra dans le box grillagé des accusés, "cette seule image va réveiller des foules en Egypte".

(01-11-2013 - Avec les agences de presse)

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