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Khaoula, de Jérusalem-Est (2/10)

lundi 6 août 2012, par La Rédaction

Dix femmes de Cisjordanie nous ont ouvert leur porte et nous ont raconté leur vie dans les territoires palestiniens occupés. A travers ces dix portraits, il s’agit avant tout d’une rencontre avec celles qui, jeunes ou moins jeunes, religieuses ou non, militantes ou simplement témoins de l’occupation, racontent leur vie de paysannes, de réfugiées ou de citadines, toutes Palestiniennes...
( Un reportage de Soraya Guénifi et Agnes Varraine Leca )

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A Jérusalem-Est, capitale officielle du futur état palestinien, les activistes du monde entier se retrouvent presque quotidiennement autour de banderoles dénonçant les évictions de familles palestiniennes de leurs maisons. Tous les vendredis, Sheikh Jarrah est le théâtre de manifestations qui réunissent plusieurs dizaines de militants palestiniens, israéliens et internationaux ainsi que les familles de ce quartier. C’est là, à quelques pâtés de maisons des bâtisses qui abritent les agences onusiennes et consulaires, que la famille Hannoun s’est installée sous une tente de plastique près de leur ancienne maison.

Nous avions déjà rencontré les Hannoun en août 2008 alors qu’ils vivaient encore chez eux. Des chaises étaient installées devant la maison pour accueillir visiteurs et journalistes devant une grande pancarte où figurait le président Obama et un message clair : « Yes, you can ». Aujourd’hui des colons juifs occupent la maison des Hannoun et plusieurs drapeaux israéliens flottent au cœur de Sheikh Jarrah. Pendant que nous prenons quelques photos, un passant aux longues papillotes se retourne pour nous lancer un regard sombre, se racle la gorge et crache dans notre direction.
Nous prenons place sous la tente de plastique avec Khaoula Hannoun et quelques femmes du quartier. Pendant que Khaoula explique les longues années de lutte administrative pour garder sa maison, ses voisines hochent la tête et lèvent les yeux au ciel. Khaoula décrit pour la énième fois la nuit où elle et sa famille ont été expulsées. « Des volontaires internationaux dormaient depuis plusieurs nuits à la maison pour nous protéger en cas d’intervention de la police ou de l’armée. Grâce à ces gens venus de partout nous avons sans doute gagné du temps, mais malheureusement nous avons perdu la maison. Nous avions reçu une lettre nous disant qu’on nous laissait jusqu’au 10 août pour quitter notre domicile. Pourtant, dans la nuit du 2 au 3, alors que nous dormions, nous avons entendu des bruits d’objets brisés puis des voix. Ma fille Sharihan criait. Elle a vu des armes ; ils en ont pointé une dans le dos de mon fils aîné qui n’a que dix-sept ans. Quand ils sont arrivés devant moi je leur ai demandé de me laisser le temps de m’habiller et de me chausser. Ils ont refusé. Ils avaient tout cassé et j’ai marché pieds nus dans le verre. Je pleurais, pas de peur, mais de honte car j’étais là, pieds nus, devant ma maison, sans hijab. Je leur ai demandé, je les ai implorés en vain de me laisser retourner dans la maison pour aller chercher deux choses : mes papiers et le vélo de mon fils. Mais nous sommes restés là sur le trottoir à regarder les dégâts. Ils ont fait exploser la troisième porte avec une bombe, c’était terrible ! En vingt minutes notre maison était vidée et des colons s’y installaient pendant que nous restions dehors à les regarder. Je les ai vus manger le chocolat de mon fils. Même le chocolat, ils l’ont pris ! »

Les Hannoun ont campé sur le trottoir en face de leur maison jusqu’au 13 août date à laquelle ils ont été informés que les colons se sentaient menacés par leur présence. « Rien n’avait plus de sens. D’ailleurs, nous payons toujours l’électricité et l’eau de notre maison ! »
A Sheikh Jarrah, comme dans de nombreux autres quartiers de Jérusalem-Est, des Juifs revendiquent la propriété de maisons habitées par des familles palestiniennes. Les Hannoun ont reçu une première lettre en 1986 et ont tenté de prouver qu’ils sont bien chez eux puisque cette famille de Palestiniens avait été installée là par l’UNRWA [1] et le gouvernement jordanien, de façon non nominative et contre versement d’un loyer.
La famille Hannoun, comme d’autres habitants de Sheikh Jarrah, fait face à des groupes de colons s’appuyant sur des documents de l’époque ottomane pour prouver que les Palestiniens n’ont aucun droit de propriété dans ce quartier. Madame Hannoun et sa famille vivent dans la rue et regardent de nouveaux colons s’installer dans leur quartier avec l’appui du gouvernement israélien, de la municipalité et de la police. Pourtant, elle garde espoir : « Je suis sûre et certaine que je retrouverai ma maison, même si chaque jour je meurs un peu. Mais je n’abandonnerai pas, je n’ai pas le choix. Je crois que la présence des internationaux peut nous aider. Je veux dormir paisiblement à nouveau. Aujourd’hui je fais des cauchemars. Parfois il me semble que je suis dans l’un de mes cauchemars et que je vais me réveiller. »

A dix mètres de la tente de Madame Hannoun, la maison de sa voisine est occupée par un colon. La voisine nous fait signe de nous approcher de la fenêtre : « Silence, il dort. Regardez, ce colon dort avec son M-16 ». Les femmes rient.

[1] United Nations Relief and Word Agency (UNRWA).

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