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Shorouq, de Ramallah (7/10)

samedi 11 août 2012, par La Rédaction

Dix femmes de Cisjordanie nous ont ouvert leur porte et nous ont raconté leur vie dans les territoires palestiniens occupés. A travers ces dix portraits, il s’agit avant tout d’une rencontre avec celles qui, jeunes ou moins jeunes, religieuses ou non, militantes ou simplement témoins de l’occupation, racontent leur vie de paysannes, de réfugiées ou de citadines, toutes Palestiniennes...
( Un reportage de Soraya Guénifi et Agnes Varraine Leca )

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Lorsque l’on quitte Jérusalem pour rejoindre Ramallah par la route 60, ni le checkpoint de Qalandya, ni le camp de réfugiés du même nom ne prépare à la découverte du centre-ville avec sa place principale, Al-Manara. Ici, tout rappelle les grandes villes du Moyen-Orient. Autour des imposants lions de pierre, les Palestiniens vaquent à leurs occupations, les marchands hèlent et un policier élégant orchestre un bal de vieilles voitures et de 4x4 ultra-modernes. Sur les toits, des restaurants proposent des salons où les jeunes s’entassent pour fumer le narguilé. Les tenues des jeunes filles, leurs foulards et leur maquillage multicolore jurent agréablement avec les bâtiments gris de la ville. Dans un quartier aux immeubles récents et entretenus, Shorouq nous reçoit chez elle.

Shorouq a vingt-cinq ans, un grand sourire et un look qu’on qualifie ici d’occidental. Le joli salon où elle nous accueille a été préparé pour notre visite, des assiettes de petits gâteaux sont disposées devant les fauteuils confortables où nous prenons place. Shorouq s’installe face à nous, croise les jambes et nous raconte ses voyages hors de Palestine. L’étudiante en français a effectué plusieurs séjours dans l’hexagone et s’exprime parfaitement dans notre langue. Elle a découvert la France d’abord comme assistante d’arabe, puis pour des stages professionnels.
« J’ai rencontré énormément de gens très intéressants ; souvent j’insistais pour leur parler de la Palestine, pour qu’ils comprennent qu’ici on peut aussi faire la fête. Mon pays, ce n’est pas seulement la guerre. » Pour ses études, Shorouq a vécu notamment à Bordeaux, à Grenoble et à Lyon, mais aussi au Liban et en Syrie. Pourtant, la jeune femme ne voudrait pas vivre ailleurs qu’en Palestine. Shorouq est une Palestinienne née en Jordanie et c’est la carrière de son père, docteur en philologie, qui a ramené la famille à Ramallah il y a dix ans.
« Quand je suis arrivée de Jordanie, j’avais très peur, j’ai beaucoup maigri, mais j’ai fini par m’habituer à cette violence. A l’époque de la Muqata [ndlr : au printemps 2002, Ramallah était assiégée et Yasser Arafat, retranché dans la Muqata], on ne vivait pas très loin du siège de l’autorité, et un jour des voisins sont venus voir mon père pour lui dire que des soldats avait tiré sur mon frère. On a voulu aller voir mais bien sûr les soldats ne nous ont pas laissés passer. Mon frère avait alors 12 ans. Ma mère et moi nous sommes mises à frapper le soldat ! Etre une femme palestinienne c’est avoir le courage d’affronter les soldats, tout le temps. »

Même si Shorouq admet que la vie à Ramallah est plus facile qu’ailleurs, elle continue de craindre les soldats : « Aujourd’hui je n’ai pas le droit d’aller en Israël, pourtant, j’aime voyager dans mon pays mais quand je vais à Jéricho, les checkpoints sont un vrai problème et aussi une source d’angoisse. »
« Mon père était malade et nous a quittés en 2005. Aujourd’hui, moi et beaucoup de jeunes que je connais veulent vivre une vie normale. A Ramallah, c’est tout à fait possible. Mon fiancé Mamoun et moi nous adorons sortir, fumer le narguilé en ville, aller à des fêtes, dans des bars. Mamoun est très ouvert d’esprit et on parle de beaucoup de choses. Je sais que notre relation sera toujours basée sur le dialogue et le partage. » Comme pour apporter la preuve de ce que nous dit Shorouq, le fiancé vient faire le service de thé, sans prêter attention à ce que sa promise nous livre. Elle le remercie et il retourne dans la cuisine. « Je pense que le monde arabe change et que mes amis et moi souhaitons faire vivre les traditions comme le sens de la famille mais aussi nous débarrasser du manque d’intimité qui règne dans notre société. Je suis vraiment très confiante pour l’avenir ; regardez par exemple les femmes d’ici, elles sont plus libres de s’habiller comme elles veulent, de porter le foulard si elles veulent. Chez moi, seule une de mes sœurs est voilée. Et avec mes amis nous parlons de tout, même de sexualité. Nous sommes bien informés sur les méthodes de contraception ou encore sur les possibilités de se faire recoudre l’hymen en allant à Tel Aviv, au Liban ou en Syrie. Pourtant nous sommes tous musulmans. Le changement viendra. C’est sûr. Mais je ne crois pas que ça sera par la politique. Moi je n’ai jamais voté, ça ne m’intéresse pas et leurs propositions sont toujours si éloignées de moi, le système et les partis que je connais ne me convainquent pas du tout ! »
La vision optimiste de Shorouq nous surprend. Pourtant, elle connait son pays et ses difficultés et affirme que sans état, rien ne pourra se faire. « Et puis, c’est une question de justice aussi. Ce ne sera jamais juste que des Juifs du monde entier aient le droit de s’installer sur cette terre tant que tous les Palestiniens qui le souhaitent ne peuvent pas revenir chez eux. »

Ce soir, Shorouq et Mamoun sortent dans un bar branché de Ramallah, bulle économique où les lieux de divertissements poussent comme des champignons. La jeune femme propose de nous déposer à la place des lions.
Au volant de sa voiture, avec ses lunettes de soleil et ses cheveux au vent, Shorouq en profite pour nous montrer les boutiques qu’elle aime.

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