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Randa, de Naplouse (8/10)

dimanche 12 août 2012, par La Rédaction

Dix femmes de Cisjordanie nous ont ouvert leur porte et nous ont raconté leur vie dans les territoires palestiniens occupés. A travers ces dix portraits, il s’agit avant tout d’une rencontre avec celles qui, jeunes ou moins jeunes, religieuses ou non, militantes ou simplement témoins de l’occupation, racontent leur vie de paysannes, de réfugiées ou de citadines, toutes Palestiniennes...
( Un reportage de Soraya Guénifi et Agnes Varraine Leca )

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Au nord de la Cisjordanie, Naplouse, ville historique et flamboyante, autrefois carrefour commerçant incontournable, aujourd’hui ville martyre de la deuxième Intifada. Dans les rues de la vieille ville qui n’a rien à envier à celle de Jérusalem, les Naplousi étalent leurs richesses, savon et knaffeh en tête. Si Ramallah est une bulle économique, Naplouse est la bulle palestinienne. Ici, traditions, patrimoine et coutumes semblent marquer le quotidien.

Nous cherchons l’adresse que nous a indiquée Randa mais les indications manquent ; qu’à cela ne tienne, c’est Randa qui vient à notre rencontre. Au milieu de la foule des passants, des hommes moustachus qui nous regardent avec curiosité, et surtout des femmes presque toutes voilées, nous apercevons Randa. Sur le trottoir d’en face, son portable à la main, elle nous fait de grands signes en sautillant. Elle ressemble à une new-yorkaise qui hèle un taxi. Elle porte un pantalon beige moulant et une paire d’escarpins à talons. Nous traversons la rue sans ignorer que tous les regards sont tournés dans notre direction. Randa nous salue une nouvelle fois en n’accordant aucune attention aux autres. Le claquement de ses talons sur le trottoir est un avertissement à tous ceux qui seraient tentés de s’adresser à elle : Randa écrase les conventions.

Née en 1964 au Koweït de parents palestiniens, Randa perd sa mère quand elle a un an. Elle et son père médecin partent vivre chez ses grands-parents à Naplouse. Lorsqu’elle a 16 ans, Randa quitte la Palestine pour aller étudier la médecine à Lahore au Pakistan. Là-bas, elle apprend l’ourdou, et surtout, elle impose son style de femme libre : « Je m’habillais comme je voulais malgré le contexte culturel. Je portais une jupe courte, j’étais la première à porter ce genre de vêtements dans mon école. » Randa explique fièrement qu’à son retour elle devient la plus jeune femme médecin de Jordanie et de Palestine. Ce parcours plutôt atypique n’empêche pas la jeune diplômée de se marier à l’âge de 21 ans.
Installée à Naplouse, la famille de Randa vit au rythme des ambitions de la chef de famille. Après avoir complété sa formation avec deux années d’études en radiologie et exercé dans une polyclinique où elle représentait les employés dans leurs luttes pour de meilleures conditions de travail, Randa part au Canada pendant un an et demi, seule. Sans consulter son mari, elle s’inscrit en Master de médecine sociale et préventive à l’Université de McGill. De retour chez elle, elle enseigne à l’Université de Najah de Naplouse. Dans le même temps, le docteur anime chaque matin un programme radio. A l’antenne, elle aborde plusieurs sujets, plus ou moins tabous en Palestine. « On m’a souvent considérée comme une personne grossière et peu convenable parce que je parlais de sujets tabous. Je me souviens avoir parlé de la ménopause et de ses effets ; j’ai voulu donné des conseils aux femmes qui traversaient cette période parfois très difficile. Après cette émission, des femmes m’ont accostée dans la rue pour me remercier. En revanche, certains hommes m’ont carrément dit que je voulais faire de leurs femmes des salopes. »

Aujourd’hui Randa est employée par l’Organisation Mondiale de la Santé comme chargée de prévention VIH. Chaque jour, elle doit se rendre dans les bureaux de l’OMS à Jérusalem-Est. Depuis Naplouse, la route est longue et parsemée de checkpoints, mais Randa aime son travail et reconnaît l’importance d’agir sur la question du sida dans une société où cette maladie est complètement ignorée. La mission pour laquelle Randa travaille est le premier programme qui applique comme stratégie principale des actions de plaidoyer s’adressant directement au personnel médical. « Même chez les médecins, il y a beaucoup de réticences à parler du sida, certaines populations sont violemment stigmatisées, comme les homosexuels et les prostituées. De plus, je dois me battre contre des gens à l’esprit très fermé qui pensent que je cherche à imposer un modèle européen en Palestine.
Pourtant je suis moi-même musulmane et je m’entretiens souvent et sur tous les sujets avec mon ami le mufti. Disons que je n’ai jamais obéi aux règles de la société, je définis les miennes et j’ai trouvé ma façon de penser et de gérer, y compris les sujets religieux. Aujourd’hui, avec la question du VIH, je redécouvre ma société et tout ce qui la compose. Et même si certains soi-disant religieux préfèrent fermer les yeux quand il s’agit de sexualité, la vérité c’est que les putes c’est aussi vieux que les prophètes ! »

Randa rit puis fronce les sourcils : « Vous savez, dans l’ensemble, ce sont les femmes qui m’attaquent le plus, pas les hommes. C’est difficile. Pourtant, elles ont encore beaucoup de combats à mener contre tout un tas de choses stupides qui les oppriment. Elles sont tout ! Les amantes, les mères, les femelles, elles sont la moitié de l’humanité qui donne naissance à l’autre. Pour nous les femmes, il faut constamment en faire plus ; une femme palestinienne naît combattante. »
Lorsque l’on demande à Randa quel est le principal ennemi des femmes palestiniennes, elle répond du tac-o-tac : « Les hommes ! C’est tellement évident. Moi par exemple, je ne peux pas dire que je reçoive beaucoup de soutien de mon mari. Il s’agissait d’un mariage arrangé, le comble pour une femme comme moi, et il m’est difficile de vivre avec un mari qui est beaucoup plus traditionnel que moi. Il faut mener le combat dans la société et dans la maison. La Palestine, c’est des combats, tout le temps et partout. »
Randa est une militante qui n’a jamais souhaité rejoindre les rangs d’un parti politique. Pourtant, elle participe à beaucoup de manifestations et s’intéresse à la vie politique en Israël et en Palestine. « Je ne pense pas qu’il y ait un avenir pour nous. J’entends parler de négociations depuis si longtemps mais je pense que nos dirigeants sont loin du peuple et n’entendent pas nos souffrances. Aussi, ils nous trompent. Tant que ces gens seront au pouvoir, je ne vois pas de changement. »

Randa est une femme libre et indépendante. Ses combats sont sans aucun doute à la base de changements importants dans les mentalités palestiniennes. Chaque jour, elle affronte les plus conservateurs et ne recule pas. Ce qu’elle oublie de leur dire, c’est que comme eux, au lever du soleil, elle prie.

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