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Assad et Al Qaïda, les deux ennemis des révolutionnaires syriens

jeudi 13 mars 2014, par La Rédaction

Les réfugiés syriens de Kilis, en Turquie, ont été ravis d’apprendre qu’Azaz, leur ville située de l’autre côté de la frontière, avait été libérée - non pas de l’emprise des forces gouvernementales mais du joug des miliciens d’Al Qaïda qui les soumettaient à un régime de terreur.
Pour ceux qui se sont soulevés il y a trois ans contre Bachar al Assad, vivre sous la coupe des djihadistes sunnites les plus radicaux, ceux de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), était peut-être encore pire que de subir la loi d’Assad.
Après trois ans de conflit et 140.000 morts, le sentiment dominant parmi les opposants à l’étranger est que la guerre de Syrie a désormais un double objectif : battre les djihadistes est devenu aussi important que se débarrasser d’Assad.
Très schématiquement, le gouvernement d’Assad contrôle la majeure partie du territoire situé entre Damas et la côte méditerranéenne. Plus au nord, les rebelles sunnites modérés tiennent les zones proches de la frontière turque tandis que les kurdes ont formé à l’est un gouvernement autonome similaire à celui du Kurdistan irakien.
L’EIIL, lui, tient une longue bande de territoire le long de l’Euphrate, qui lui permet de faire la jonction avec Al Qaïda en Irak. Sa priorité affichée, comme le confirme à Reuters un de ses combattants, est d’établir un califat au Moyen-Orient et aux portes de l’Europe, plutôt que de lutter contre Bachar al Assad.
Abdallah Khalil, un militant de 25 ans rencontré à Kilis, étudiant en loi coranique, se souvient de sa joie lorsque les forces loyalistes ont été défaites à Azaz en 2011.
"La vie était OK puis ces djihadistes ont commencé à arriver. Ils ont établi un camp d’entraînement militaire, dirigé par un djihadiste venu d’Egypte, du nom d’Abou Obeida al Mouhajer. D’abord il nous a dit qu’il était interdit d’applaudir ou de chanter dans les manifestations, puis ils ont tué le mentor de la révolution, cheikh Youssef, un musulman modéré."
"Ils nous ont dit : ’Vous êtes des infidèles attirés par le péché, vous ne voulez pas appliquer la charia’," poursuit Khalil avant d’ajouter : "L’islam est fortement présent en Syrie mais pas ce genre d’islam. Ils ont défiguré la religion et la révolution."
Les qaédistes en Syrie se divisent en deux groupes antagonistes, l’EIIL dirigé par l’Irakien Abou Bakr al Baghdadi, et le Front al Nosra, dirigé par Abou Mohamed al Golani et soutenu officiellement par la direction d’Al Qaïda.
Malgré la difficulté de recueillir avec précision des informations sur la présence d’Al Qaïda en Syrie, un expert estime ses effectifs à 25.000 combattants, dont 10.000 étrangers, parmi lesquels 2.000 venus d’Europe.
A Azaz, les combattants syriens sont au départ restés fidèles à Nosra mais l’EIIL a pris ensuite le contrôle de la ville et y a imposé ses règles.
"Ils sont allés dans une maternelle pour séparer les filles des garçons", se souvient Mahmoud Osman, 27 ans, un militant originaire d’Alep.
"Ils ont commencé à aller dans les écoles pour vérifier que les filles portaient le tchador noir qui recouvre le corps de la tête aux pieds et ont commencé à demander aux filles de se marier avec eux. Les parents ont arrêté d’envoyer leurs filles à l’école."
L’EIIL a interdit le tabac, la musique, les rapprochements entre hommes et femmes en public. Les chrétiens ont été contraints de payer des taxes pour leur protection, des combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) ont été exécutés en place publique.
"On avait entendu parler d’eux ou on les avait vus sur des vidéos, mais là, on les voyait en vrai", ajoute Osman.
Ce n’est que lorsque les imams locaux ont jugé légitime de combattre l’EIIL, précisent les réfugiés d’Azaz, que le groupe s’est replié vers son bastion de Rakka dans l’Est.
Pendant qu’il tenait la ville, celle-ci était préservée des bombardements des forces loyalistes, qui ont repris dès que l’EIIL est parti, preuve selon les habitants qu’Assad cherche à favoriser les plus radicaux des opposants afin de mieux présenter la guerre comme une bataille contre le "terrorisme".
Khaled Ibrahim, 30 ans, venu de Rakka, publicitaire avant la guerre, raconte que dans ce fief de l’EIIL, des exécutions ont lieu tous les vendredis : elles visent des militants, des membres de l’ASL, des voleurs ou pillards. Quiconque travaille pour une ONG ou un média est considéré comme un "agent des infidèles".
Abou Thaer, un étudiant en sciences informatiques âgé de 25 ans, a été capturé par l’EIIL avec des combattants de l’ASL et des employés d’ONG. "Chaque jour qui passait, je souhaitais mourir", dit-il. "Ils venaient dans notre cellule avec un sabre, ils nous disaient : ’vous êtes des infidèles, on va vous égorger.’ Ils ont commencé à torturer des combattants de l’ASL.
Un jour, ils coupaient un doigt, un autre ils coupaient un bout d’oreille et la laissaient saigner."
Abou Alaa, lui, a combattu dans les rangs de l’EIIL. Agé de 25 ans, cet ancien membre de l’ASL s’est battu pendant six mois avec les qaédistes avant de faire défection. "Ils torturaient leurs prisonniers, ils en ont liquidé beaucoup sous prétexte qu’ils étaient alliés avec les Occidentaux."
Abou Khaled, un ancien soldat syrien désormais officier de l’EIIL, ne cherche pas à contredire ces témoignages.
Joint par Skype dans le nord de la Syrie, il évoque un réseau de contacts à l’étranger, en France et en Grande-Bretagne notamment, opérant via les mosquées ou les réseaux sociaux.
On n’a pas de problèmes pour recruter des combattants. On reçoit des djihadistes du monde entier, de Tchétchénie, d’Irak, d’Afghanistan, d’Arabie saoudite, de Libye, du Koweït, de Jordanie, d’Egypte, du Yémen, de Turquie, de Grande-Bretagne et de France. L’EIIL a environ 6.000 combattants", dit-il.
Les rangs de l’EIIL ont été renforcés par l’évasion de 500 djihadistes de la prison irakienne d’Abou Ghraïb, de 700 autres de celle de Sednaïa, près de Damas.
"L’objectif de l’EIIL est de mettre en place un califat qui attirera les musulmans du monde entier. Notre but est de combattre les infidèles, que ce soit Bachar al Assad ou l’Armée syrienne libre", poursuit Abou Khaled.
"Tout apostat doit être décapité et les femmes doivent respecter la charia."

(13-03-2014 - Avec les agences de presse)

« Liberté pour A’bdelaziz Khayyer
et tous les détenus d’opinion Syriens »

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