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De la Coupe du monde à la guerre en Irak

mardi 17 juin 2014, par La Rédaction

(Le défenseur vedette de l’équipe irakienne Ali Adnan pose en compagnie d’un soldat irakien.)

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On le surnomme le "Gareth Bale de l’Asie". À 20 ans, l’Irakien Ali Adnan connaît une ascension fulgurante. Cet arrière gauche au physique de colosse a illuminé de son talent la dernière Coupe du monde de football des moins de 20 ans, organisée en 2013 en Turquie. Rugueux en défense, le latéral n’hésite pas à s’aventurer aux avant-postes, où il brille par sa vitesse et sa frappe surpuissante. Véritable révélation du Mondial turc, le joueur du Bagdad FC a conduit l’équipe d’Irak jusqu’en demi-finale.
Ses performances de haute facture ont très vite suscité l’intérêt de grands clubs étrangers parmi lesquels Arsenal, le FC Séville ou encore Galatasaray. Mais c’est finalement le Çaykur Rizespor, club de première division turque, qui met le grappin dessus. En moins d’un mois, le jeune Irakien confirme tous les espoirs placés en lui. Dès septembre 2013, Ali Adnan inscrit son premier but d’une frappe lointaine. Il récidive deux semaines plus tard, d’un fabuleux coup franc de 35 mètres. Sa première saison marque les esprits.
Avec 31 titularisations, 3 buts et 9 passes décisives, le défenseur démontre toute l’étendue de son talent. Désigné entre-temps meilleur espoir asiatique de l’année 2013, l’arrière gauche, désormais titulaire indiscutable de l’équipe A d’Irak, frappe à la porte des plus grands clubs européens. D’après la Gazzetta dello Sport, l’AS Roma, deuxième du championnat italien 2014, songerait à s’attacher ses services.
Mais l’étoile montante du football irakien est stoppée en plein vol le 10 juin dernier, lorsque son pays est victime d’une offensive éclair de djihadistes de l’État islamiste en Irak et au Levant (EIIL). En moins de vingt-quatre heures, les combattants de l’EIIL, qui souhaitent rétablir le califat au Moyen-Orient, s’emparent de plusieurs provinces sunnites dans le nord et le centre de l’Irak. Surarmés grâce à des fonds en provenance du Golfe, les djihadistes, en majorité des combattants étrangers, infligent une véritable déroute à l’armée irakienne, dont de nombreux soldats préfèrent déserter le champ de bataille. Face à l’irrésistible offensive des djihadistes, qui se trouvent désormais aux portes de Bagdad, le grand ayatollah Ali al-Sistani, la plus haute autorité chiite d’Irak, appelle les chiites irakiens, majoritaires dans le pays, à prendre les armes.
Alors que ses coéquipiers se prélassent devant les matches de la Coupe du monde au Brésil, Ali Adnan s’émeut du sort de son pays, déjà miné par les luttes confessionnelles, conséquence directe de l’intervention américaine en 2003. Au diable la gloire et l’argent, la star irakienne quitte les crampons et enfile un gilet pare-balle. Direction Bagdad. D’après la Gazzetta dello Sport, Ali Adnan aurait gagné les rangs de l’armée irakienne en lutte contre les djihadistes, qui contrôlent désormais la moitié du territoire.
Véritable star dans son pays, le sportif reçoit un accueil des plus chaleureux, soldats et chefs militaires se bousculant pour prendre un cliché à ses côtés. Les photos se sont répandues comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, certains commentateurs dénonçant une opération de com de l’armée irakienne. Pourtant, à en croire le quotidien sportif italien, Ali Adnan ne serait pas rentré au pays pour faire de la figuration, mais bien pour en découdre, armes à la main, avec les redoutables combattants de l’EIIL. Interrogé par le quotidien turc Hurriyet, un porte-parole de Çaykur Rizespor confirme pour sa part que son joueur se trouve bien dans la capitale irakienne, mais uniquement pour y passer des vacances en famille.
Quoi qu’il en soit, le séjour s’annonce long et sanglant. Passés maîtres dans l’art de la guérilla, les djihadistes bénéficient de surcroît d’un certain soutien dans les populations sunnites, totalement marginalisées par l’autoritaire Premier ministre chiite Nouri al-Maliki depuis son élection en 2006. Et leurs méthodes sont des plus sauvages. Considérant les chiites comme des apostats, les combattants de l’EIIL ont annoncé avoir exécuté au cours de leur offensive quelque 1 700 soldats chiites irakiens. Grâce à la porosité de la frontière entre l’Irak et la Syrie, de nombreux djihadistes anti-Bachar el-Assad sont venus renforcer les rangs de l’organisation, créée à l’origine en 2004 en Irak.
Or, de l’autre côté de la frontière, en Syrie, un autre espoir du ballon rond a lui aussi pris les armes, cette fois dans le camp des djihadistes. Burak Karan, ancien joueur de l’équipe d’Allemagne des moins de 17 ans, a rejoint la Syrie en 2011 pour combattre Bachar el-Assad. Mais les deux joueurs n’auront pas l’occasion de s’affronter. Burak Karan a été tué en novembre dernier, lors d’un raid aérien de l’armée syrienne sur la ville d’Azaz. Il avait 23 ans.

(17-06-2014 - Armin Arefi)

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Un caméraman d’une télévision irakienne tué au nord de Bagdad
Un caméraman irakien a été tué et un correspondant de la même chaîne de télévision blessé mardi au nord de Bagdad alors qu’ils couvraient l’offensive des jihadistes, a indiqué leur employeur.
Khaled Ali a péri à Khales, au nord de Baqouba, chef-lieu de la province de Diyala, a rapporté Al-Ahad TV sur son site internet, en précisant que son collègue, Moatez Jamil, avait, lui, été blessé. Un colonel de la police et un médecin ont confirmé ces informations à l’AFP.

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