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Le Hamas est-il vraiment responsable ?

jeudi 3 juillet 2014, par La Rédaction

Benyamin Netanyahou n’aura pas attendu longtemps avant d’incriminer le Hamas de l’enlèvement des trois adolescents israéliens retrouvés morts lundi. "Des terroristes du Hamas ont commis l’enlèvement des trois adolescents israéliens. C’est un fait et ce n’est pas une surprise [...], car le Hamas est déterminé à détruire Israël", a lancé dès le 15 juin dernier le Premier ministre israélien, soit au lendemain de la révélation du rapt qui a scandalisé Israël.
Le mouvement islamiste a eu beau nier être impliqué dans l’enlèvement, sans pour autant le condamner, il a dû en subir les conséquences. En deux semaines, 335 de ses membres ont été arrêtés par Tsahal après une vaste offensive en Cisjordanie, qui a au passage coûté la vie à cinq civils palestiniens, dont trois mineurs. Pour justifier cet assaut, Benyamin Netanyahou a promis la publication rapide de preuves. Dix jours plus tard, le Shin Beth, les services de sécurité intérieurs d’Israël, dévoile les identités des deux principaux suspects.

Nuire à l’unité palestinienne
Il s’agit de Marouane Qawasmeh, 29 ans, et d’Amer Abou Eisheh, tous deux originaires d’Hébron, dans le sud de la Cisjordanie. À en croire le Shin Beth, les deux Palestiniens ont déjà purgé dans le passé des peines de prison en Israël pour leur participation à des "activités terroristes pour le compte du Hamas". Des "animaux à la forme humaine", lancera Benyamin Netanyahou, à l’annonce de l’assassinat des trois jeunes Israéliens. "Le Hamas est responsable et le Hamas paiera", a martelé le Premier ministre.
"Benyamin Netanyahou se sert de cette attaque comme prétexte pour s’en prendre à l’unité nationale palestinienne", estime Ghassan Khatib, professeur en études arabes contemporaines à l’université de Birzeit (Cisjordanie). Le Premier ministre israélien s’est farouchement opposé à la création d’un gouvernement palestinien d’union nationale, issue de l’accord de réconciliation signé le 23 avril entre le Hamas et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Soutenu par le mouvement islamiste, cet exécutif, uniquement composé de personnalités indépendantes, a été pourtant reconnu par l’Union européenne et les États-Unis.

Opération isolée ?
Ainsi, Benyamin Netanyahou juge-t-il que le drame des adolescents israéliens doit pousser le président de l’Autorité palestinienne à "mettre fin à son pacte" avec le mouvement islamiste. Pourtant, les services de sécurité israéliens, qui n’ont toujours pas mis la main sur les deux suspects palestiniens, ne sont pas encore parvenus à établir s’ils avaient agi sur ordre ou de leur propre chef. "Le mode opératoire de l’enlèvement, l’absence de revendication, et le fait que les jeunes Israéliens aient été exécutés est inédit dans l’histoire des mouvements palestiniens modernes", souligne Julien Salingue(1), docteur en sciences politiques et spécialiste de la Palestine.
"Les rares tentatives de prise d’otage qui ont réussi ont été revendiquées dans le but d’obtenir un échange de prisonniers palestiniens, comme dans le cas de Gilad Shalit (soldat franco-israélien détenu à Gaza par le Hamas pendant cinq ans avant d’être libéré en 2011 en échange de 1 027 prisonniers palestiniens, NDLR)". D’après des sources palestiniennes citées par le site Al Monitor, spécialiste du Moyen-Orient, l’enlèvement et le meurtre des trois adolescents seraient davantage une opération isolée perpétrée par un clan militant en faveur du Hamas en Cisjordanie : les Qawasmeh.

Clan rebelle
Le clan Qawasmeh, composé de quelque 10 000 personnes, s’est déjà fait remarquer durant la seconde intifada, où il a perdu quinze de ses membres, dont neuf qui se sont fait exploser lors d’attentats suicides. "À chaque fois que le Hamas et Israël se sont mis d’accord sur un cessez-le-feu ou sur une trêve, au moins un membre de la famille a été impliqué dans la planification ou l’exécution d’une attaque suicide", écrit le journaliste Shlomi Eldar, spécialiste du Hamas pour la télévision israélienne et auteur de l’article d’Al Monitor, qui cite en exemple les faits troublants du 19 août 2003.
En pleine intifada, une trêve est conclue entre Israël et les factions palestiniennes, avec le soutien de l’ancien leader du Hamas, le cheikh Ahmed Yassin, permettant peut-être d’entrevoir la fin du conflit. Deux kamikazes se font alors exploser dans le bus n°2 de Jérusalem, tuant 23 civils israéliens, dont 7 enfants. La famille Qawasmeh en est l’auteur. Le clan entend venger la mort, trois jours auparavant, d’un des siens, abattu par Tsahal. L’attaque est vivement dénoncée par Ismail Abu Shanab, l’un des plus importants leaders du Hamas à Gaza. Le dirigeant islamiste qualifie l’attentat d’erreur perpétrée par des personnes qui ont désobéi aux ordres et qu’il appelle à punir. Or, deux jours plus tard, alors que les violences ont repris, Ismail Abu Shanab est tué à son tour par Israël. Le conflit gagne en intensité et aboutira à l’assassinat du cheikh Yassin.

Double jeu du Hamas ?
De la même façon, beaucoup d’experts s’interrogent sur l’intérêt qu’aurait eu le Hamas à enlever les trois Israéliens, alors que l’organisation palestinienne est aujourd’hui aux abois. "Le Hamas est très isolé, marginalisé, ce qui explique qu’il ait été contraint de signer l’union avec Mahmoud Abbas", affirme Julien Salingue. "Le mouvement a subi depuis 2007 une telle répression conjointe de la part des forces de sécurité palestiniennes et israéliennes qui collaborent en Cisjordanie qu’il ne va pas relancer la tension au moment où la situation commence à s’apaiser."
Tout comme le journaliste israélien Shlomi Eldar, le chercheur Julien Salingue penche pour une opération isolée d’un clan d’Hébron. "Dans une société sans État, les structures les plus fiables sont familiales", rappelle le spécialiste de la Palestine. "À Hébron notamment, la famille est une force sociale à part entière qui peut avoir son agenda autonome propre." Mais cette théorie qui tendrait à disculper le Hamas ne convainc pas Olivier Danino(2), spécialiste du mouvement islamiste à l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas), qui estime au contraire le Hamas tout à fait capable d’être derrière le meurtre des trois Israéliens.

Une action rejetée par l’opinion palestinienne
Extrêmement pragmatique, le mouvement palestinien a créé à Gaza une police pour empêcher les tirs de roquettes sur Israël par les groupes islamistes radicaux, tout en continuant en parallèle à creuser des tunnels souterrains pour atteindre l’État hébreu et faciliter de futures opérations d’enlèvements d’Israéliens. "Ce n’est pas parce que le Hamas ne souhaite pas attaquer Israël qu’il a abandonné la lutte armée", souligne Olivier Danino.
Rappelant la proximité d’élections générales, prévues d’ici la fin de l’année, le spécialiste estime que le Hamas, un "mouvement habitué des stratégies de tension", peut avoir décidé de rehausser le niveau de violence afin de "déstabiliser Mahmoud Abbas et créer des tensions avec Israël dans le but de s’attirer la sympathie d’une frange de l’opinion publique palestinienne". Dans cette optique, le Hamas aurait pu agir délibérément afin d’obtenir un nouvel échange avantageux de prisonniers palestiniens, et ainsi répondre à l’inquiétude du nombre grandissant de Palestiniens qui manifestent en solidarité avec les 250 prisonniers palestiniens en grève de la faim dans les prisons israéliennes.
Un scénario pourtant catégoriquement rejeté par le chercheur palestinien Ghassan Khatib. Auteur de nombreux sondages par le biais du Jerusalem Media et Communication Center, ce spécialiste met l’accent sur la chute du nombre de Palestiniens favorables à la résistance armée contre Israël au cours des dernières années (ils sont 26 % en avril 2014). "L’enlèvement et le meurtre des trois jeunes Israéliens n’ont pas été approuvés par la population palestinienne, bien au contraire", affirme Ghassan Khatib. "Le Hamas fait attention à cette opinion publique, et sait par conséquent qu’il ne gagnera rien politiquement à mener ce genre d’attaque."

(03-07-2014 - Armin Arefi)

(1) Julien Salingue, auteur de À la recherche de la Palestine (éditions du Cygne).
(2) Olivier Danino, auteur de Le Hamas et l’édification de l’État palestinien (éditions Karthala).

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